UNE COMMUNE, UN EXAMEN BLANC

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Quelles  sont les acquisitions qui ont été faites ? Quelles sont les faiblesses à corriger ? C’est à ces genres d’interrogations que permet de répondre une évaluation. Ainsi, annuellement, en Haïti, des candidats aux examens officiels passent, dans leurs institutions respectives,  un examen blanc qui tient lieu d’examens finaux, les préparant davantage à l’épreuve officielle. Cette année, dans la commune de la Vallée de Jacmel, des responsables d’écoles se sont entendus  pour ne faire qu’un examen blanc pour toute la commune.

 

 

Environ 190, c’est en tout cas le nombre de candidats prenant part actuellement aux examens blancs communaux organisés dans la commune de La Vallée du 5 au  8 juin 2017. Fruit d’une entente entre différents responsables d’écoles : École Congréganiste Saint Paul de Ridoré, Lycée de Musac, Ecole Nouvelle de La Vallée, Ipeph de Musac, Collège Secondaire de Ternier, Lycée Philippe Jules, l’organisation de ces épreuves s’érige comme une activité novatrice dont la perfection et la reproduction pourraient porter des fruits.

En effet, le Lycée Philippe Jules de la Vallée fête ses 25 ans d’existence et commémore le 21e anniversaire de la mort de son co-fondateur dont ledit établissement porte le nom et, l’année 2016-2017 est décrétée année jubilaire. Ainsi, son directeur, M. François Jean Pierre et les autres membres du comité d’organisation on déjà réalisé pas mal d’activités. Soudainement, il est venu à Monsieur Jean Pierre l’idée d’organisation, dans cette même lancée, d’examens blancs pour la Philo de commun accord avec les différentes écoles de la place. L’idée a  été exposée, à partir du mois de février, aux différents responsables d’écoles qui n’y ont vu aucun inconvénient. Huit rencontres de planification ont eu lieu et, enfin, le projet a été concrétisé.

Les textes

Il a été ordonné aux différents responsables d’écoles de demander aux professeurs qui dispensent des cours en philo chez eux de leur préparer des examens  épousant le même format que ceux officiels, examens qui allaient constituer la banque d’examens. Ce faisant, les professeurs sont les seuls à savoir la teneur des évaluations soumises, les enveloppes remises, ayant toutes été cachetées. Les enveloppes ont ensuite été confiées à un responsable d’école qui avait la tâche exclusive de tirer un examen au sort pour chaque matière et d’engager un secrétaire pour les saisir dans la plus parfaite discrétion.

Identification et classement des Candidats

Le Directeur de l’Ipeph, M Aciento Descollines, a engagé son informaticien pour classer les noms des élèves des écoles participantes par ordre alphabétique, de leur attribuer un code à chacun et d’en constituer des salles. Huit salles ont été constituées dont 7 pour la section C et une salle pour la section A, à raison d’environ 25 élèves par salle.

La surveillance

L’établissement hôte sacrifie 4 jours de classe pour garantir une atmosphère propice au déroulement de l’exercice. Cette année, il s’agit de l’École Congréganiste Saint-Paul des Filles De Marie sise à Ridoré. Ainsi, le comité exécutif a proposé à l’une de ses membres, Sœur Marie Bertha, Directrice de l’institution susmentionnée, de mettre les professeurs des deux cycles du fondamental  à sa disposition en vue d’assurer la surveillance des épreuves. Beaucoup d’entre eux ont répondu positivement et, aidés des moniteurs de l’Ipeph, de volontaires de la commune et de collègues enseignants qui passent à longueur de journée, la surveillance est assurée avec un effectif de 2 surveillants dans la plupart des salles et 4 superviseurs en appui.

Correction des copies et publication des résultats

La correction se fera sur place, correctum sous les yeux bien sûr. Une équipe composée de professeurs ayant soumis les différentes épreuves, renforcée  par d’autres collègues de la commune et de Jacmel, a l’impérieuse tâche d’assurer la correction. Les feuilles seront anonymes. Ayant été dessouchées, il n’y apparaîtra que les codes des candidats. Elles subiront 2 corrections et même 3, dépendamment de l’écart existant entres les deux scores. Aussi, un jury de 3 membres sera-t-il constitué pour chaque matière. Après correction des copies, saisie et comptabilisation des notes, les résultats de chaque école lui seront acheminés.

Les Moyens

Le seul moyen dont disposent les organisateurs, nous-ont-ils fait savoir, est une volonté ferme, un désir ardent de voler au secours des produits d’un système en chute libre. A cela s’ajoute la générosité de certains: la Direction Départementale de l’Éducation, après avoir été contactée par Me Wilfrid Lauture, Directeur du Lycée de Musac a fait don de feuilles blanches, de feuilles de brouillon et de mise au net. Un officiel de la commune a promis de payer les frais de restauration des surveillants. Sœur Marie Bertha et le curé de la paroisse Saint Jean Baptiste -également administrateur de l’IPEPH- se sont démenés pour donner à manger aux participants à l’épreuve à partir du deuxième jour des examens qui durent 4 jours.

Un bon début, c’en était un. À voir tous ces candidats dans leurs jolis uniformes sagement assis en salles d’examens et rendant tous leurs jus de sueur, l’exercice s’annonce prometteur.

Néanmoins, quelque novatrice que soit cette idée, les examens blancs communaux requièrent un niveau d’organisation qui doit aller au-delà de la simple réalisation et, par conséquent un engagement plus poussé des responsables d’écoles. Les institutions, n’ayant pas toutes les mêmes professeurs, n’utilisant pas les mêmes ouvrages, n’abordant pas les contenus d’apprentissage au même rythme, cela peut aisément pénaliser certains candidats à ces épreuves.  Pour contrebalancer cette défaillance, ils se doivent d’élaborer un programme commun qui jongle notions, durées et, le cas échéant, ouvrages de référence. Ce faisant, les apprenants des différentes institutions disposeront des mêmes armes et aborderont mieux les épreuves, sauf retard sur le programme, ce qui ne dépendra aucunement du comité organisateur.

De surcroît, il s’avérerait important de penser à organiser des examens communaux pour la sixième année fondamentale et la rhéto qui ne sont plus des classes officielles, pour garantir de meilleurs éléments à la septième année fondamentale et la Philo au risque qu’elles ne deviennent des repères de crânes vides. Des examens blancs communaux pour la 9e année seraient, eux aussi, d’un précieux secours!

Pour évaluer la portée de l’initiative, un questionnaire comportant 7 questions auxquelles il fallait répondre anonymement: « oui », « non » ou « plus ou  moins » et un espace pour les suggestions, a été soumis à chaque candidat. Cela permettra aux responsables, nous-ont-ils confiés, de déceler les points forts et les points faibles de ce pré-test et de l’améliorer l’année suivante.

Nonobstant que la Direction Départementale de l’Éducation ait été mise au courant de cette noble activité, il   a fallu attendre le dernier jour des epreuves pour voir passer deux inspecteurs (espèce devenue rare dans  notre système educatif) au centre d’examen. Visite ayant été nécessaire non pour faire gagner en légitimité mais comme simple attitude de toute instance responsable qui accomplit bien sa mission, mission de s’assurer de la bonne marche des choses.

La Vallée de Jacmel, outre le fait d’être la cité coopérative et connue pour son fort pourcentage de gens alphabétisés, a encore donné le ton en organisant ces examens collectifs. Un petit signal, un acte ambitieux dans un pays où les bonnes actions manquent tant.

Bravo aux initiateurs de cette activité. Espérons que d’autres communes ou tout simplement des écoles à travers le pays se mettront ensemble pour l’expérimenter à leur tour. Tant valent les évaluations, tant vaudront les élèves.

 

Berthony Boursiquot                        bboursiquot04@gmail.com @boberthy on twitter

 

        Le droit de désigner ses dirigeants, de les sanctionner, est un droit reconnu aux peuples, d’où l’adage; “le peuple est souverain.” Ainsi, le 20 novembre prochain est la date retenue pour la tenue du premier tour des joutes électorales –présidentielles / sénatoriales- en Haiti. Elections qui n’ont pas pu avoir lieu au cours du mandant du Président Martelly pour des raisons que vous et moi avons pu trouver, ajoutées à celles élucidées par les directeurs d’opinions. Je ne suis pas assez grand pour, avec une empreinte de témoin, faire un exposé exhaustif de la culture électorale haïtienne, mais je le suis assez pour évoquer le deuxième mandat du Président Préval, l’élection du Président Martelly au pouvoir et l’élection imminente d’un chef d’Etat en 2017. En réalité, onze ans après avoir acquis le droit de vote et voté plusieurs fois, droit dont je mourais d’impatience d’exercer, pour pouvoir enfin –ai-je d’abord cru –désigner celui qui est censé me représenter-, aujourd’hui, plus que jamais, je me demande si la chandelle ne vaut pas plus que le jeu.

En effet, le discours politique le plus populaire en Haïti est digne d’un refrain de carnaval. Ne vous inquiétez pas si vous avez raté le lundi gras, c’était pareil à dimanche : «Fòk pèp la sispann soufri ; nou gen yon peyi pou n’ sove.» J’ai beau entendre ces jérémiades depuis avant 2004. Toutefois, victimes d’une amnésie collective, nous nous laissons toujours avoir comme le dindon de la farce, les moutons de Panurge. Si bien que, certains l’ont vite compris et n’ont surtout pas hésité à mettre à profit cette acquisition en usant de ces mêmes petits mots creux et harassants pour appâter les couches les plus défavorisés, les plus dupes, représentant la plus forte proportion de l’électorat, après s’être forgé une réputation dans un domaine quelconque, propre ou impropre. Notre Parlement l’atteste. Dans notre pays, s’ériger en politique ne réclame même pas une bonne paire de couilles, ce qui fait de la politique un vaste secteur d’emploi dont l’aptitude à offrir, à mentir, démentir, créer le carnage et à concéder en sont les commandements. A bas les convictions ! Même les plus avisés se laissent avoir ou se donnent volontiers pour se créer des places en crèche, sans égard pour les valeurs qu’ils disent toujours défendre et la combativité dont ils font parfois montre. Fort de tout cela, n’importe quidam peut s’improviser politicien, se porter candidat jusqu’à nous pisser sur la tête et nous faire croire qu’il pleut. Nous ne leur exigeons rien, d’ailleurs. N’est-ce pas ce qui les a portés à faire de la politique un domaine impropre aux gens qui se respectent ?

Cette année encore, la même chose s’apprête à se reproduire : vous aurez élu un Président (puisque ce sera sans moi), je le verrai à la télé, mais il sera sans vision. Il mentira pour assurer ses arrières, il changera tous  ou quasiment tous les grands cadres de l’administration publique tout en faisant fi de la continuité et des bons accomplissements qui aient pu avoir vu le jour. Il fera de multiples concessions en distribuant  postes et argent et en attribuant des privilèges pour s’attirer des faveurs que vous et moi, son peuple, ne sommes pas censés savoir. Il fera des concessions : pour maintenir la sécurité, bien que disposant du monopole de la violence légitime comme Chef d’Etat, pour que la rue ne s’agite, pour qu’il ne soit éjecté. Il ne sera pas à même, à la fin de son mandat, de nous dire combien de postes ont été créés et quels progrès avons-nous connus dans notre quête d’autonomie alimentaire, de notre développement, par extension. Aucun grand chantier ne sera lancé et il se foutra pas mal de ce qui pourra se passer en 2025 ; il est là juste pour son mandat et sera plus riche qu’avant à la fin. Entre temps, les paysans auront abattu ce qu’il nous reste de végétation pour survivre car la vie sera encore plus chère. Le régime à venir, comme les précédents d’ailleurs, privilégiera d’assister certaines personnes et d’en faire la propagande au lieu de donner la possibilité à certains des innombrables chômeurs diplômés de se procurer dignement leurs propres moyens d’existence. C’est plus médiatique ainsi. N’oublions pas la vente aux enchères qui devra avoir lieu pour la ratification du prochain Premier Ministre, puisque, ne disposant pas de majorité au parlement. C’est la routine et c’est prévisible quand on agit sans plan! Aussi,  plus de quatre candidats -et ils auront le culot de le faire-, refuseront-ils d’admettre leur défaite, nous ayant fait tous croire -et nous y avons cru- qu’ils ont des chances égales d’être élus. Ils feront chacun sortir des milliers de partisans et ce sera la confusion totale.

Pour ne pas avoir à cautionner tout cela, « JE VOTERAI BLANC » et j’en fais ma campagne, car les élections nous divisent plus qu’elles ne nous rassemblent et les candidats ne veulent que sauver leur poste. Que nous nous entretuions, cela leur importe peu. Ils s’attachent beaucoup plus à notre vote qu’à notre personne humaine. « Votez moi d’abord ; crevez après si vous le voulez ;   moindre chiens, moindre puces. »

De surcroît, aucun des aspirants à la présidence ne peut se réclamer d’un parti digne de ce nom, qui a fait ses preuves, qui incarne une vision, qui a un certain nombre d’années de militance, qui regroupe un nombre raisonnable d’adhérents par rapport au supposé électorat, qui a une représentativité nationale. Aucun d’eux n’a un programme politique pertinent, viable, fruit de nos aspirations et répondant aux exigences de l’heure. Je ne vois qu’une cohorte de multipartistes pour la plupart, ayant une expérience politique déjà éprouvée et qui prétendent incarner le changement de demain qu’ils n’ont pas pu offrir hier encore quand ils avaient la même chance après laquelle ils courent obstinément aujourd’hui, des mercenaires politiques dont la conviction change au rythme des intérêts qu’ils poursuivent.

Notre parlement en est un exemple patent. Quel parti peut s’enorgueillir d’avoir pleine influence sur ses locataires de bannières, pardon Députés et Sénateurs ? Si le parti n’a aucune influence sur des élus qui sont supposément en incarner la vision, si elle en a une, disons-en un locateur de bannière. Ils prennent positions seuls suivant les intérêts en présence et non suivant ceux de leurs partis, ils supportent qui ils veulent aux élections, etc.

Eu égard à la portée de cet acte qu’est le vote pour une nation, j’irai voter comme je l’ai toujours fait et comme j’ai toujours convaincu des irréductibles de le faire, mais cette fois-ci je choisirai de ne pas choisir. Certes, le vote est un droit qui nous est reconnu et qu’il nous faille exercer, mais rien ne nous oblige à choisir un candidat en votant. Alors, votons blanc cette fois et passons un message. Votons blanc pour  réduire davantage la légitimité du futur Chef d’Etat principalement et montrer à nos politiciens et au monde entier que nous avons exercé notre droit de vote et en connaissons les pouvoirs. Montrons-leur que nous n’avons pas pu choisir de candidat en faisant en sorte que le nombre de votes pour « Aucun Candidat » soit supérieur à celui obtenu par le candidat en tête. Ainsi, notre futur Président sera « M. ou Mme Aucun Candidat.»

Exigeons, par cet acte, un projet de société. Oui, exigeons qu’on fouille dans le passé de nos aspirants dirigeants. Exigeons des critères  plus fermes pour se porter candidat à un poste électif, pour qu’un regroupement politique soit reconnu comme parti. Exigeons la vérité de nos dirigeants, exigeons lumière de notre système judiciaire, le vote électronique, un Conseil Electoral Permanent. Exigeons des programmes politiques solides qui puissent véritablement concourir au développement de notre pays et dont les accomplissements ne se restreignent à la durée d’un mandat présidentiel. Réclamons des dirigeants intègres, non mus par la cupidité et le goût du lucre, mais qui sont responsables, prospectifs et à même de prendre des positions fermes, même impopulaires sans risquer de se laisser faire du chantage. Exigeons qu’il nous soit permis de rêver d’un pays en développement et d’en constater les plus infimes progrès sans qu’on risque de se faire traiter d’utopistes.

Certains disent : « si w’ pa vote (yon kandida), y’ap vote pou ou. » Je réponds faux, archi faux. Après les élections, outre le fait d’être plus divisés qu’avant, le pays entier est déçu. Preuve : nous disons que l’année précédente était mieux et ainsi de suite. Les promesses ne sont pas tenues et les pauvres deviennent encore plus pauvres. Les votants du Président –s’ils sont réalistes- sont encore plus déçus que ne le sont ses non votants et même plus que ceux qui n’ont vu aucune signification à prendre le chemin des urnes.

Il n’y a absolument aucun choix possible entre les candidats potentiellement éligibles. Qu’est-ce qui peut bien motiver ?  Les sondages (je ne connais aucun sondé et je n’en suis pas un) ?, le large sourire sur les photos ?, les mêmes jérémiades ?, les débats télévisés ?, les soi-disant programmes politiques rédigés à notre insu ?, les meetings électoraux ?, le charisme d’un candidat ?, les accusations de part et d’autre ?, les échauffourées entre partisans ?, « les mobiles » qui circulent ?, leur beauté physique ?, les cortèges de campagne ?, pour avoir été plus de cinquante candidats puis vingt sept alors qu’un seul peut être élu ?, les duperies ?, le nombre de diplômes ?, pour avoir autant divisé l’électorat ?, la fortune des candidats ?, la beauté physique ?, le fait qu’il soit novice ou expérimenté en politique ? ou les SMS dérangeants que je reçois instamment sur mon portable que j’ai acheté avec ma sueur, me disant qui voter ? Rien de consistant !

De deux maux il faut choisir le moindre, mais de deux pires il faut simplement choisir de ne pas choisir.  Je ne peux m’aviser de laisser le destin d’une nation à la fantaisie de mon humeur, de mon bas instinct, encore moins d’une bonne foi présumée, n’étant convaincu de personne. Alors, je choisis de ne pas choisir. Votons sans voter personne, c’est tout ce que je vous demande. C’est mon combat; j’en fais ma campagne! Rien à perdre; rejoignez-moi !

 Vous serez élu, mais sans moi, Monsieur le Président.

Rendez-vous le 20 novembre pour le premier tour.

 

                                                                                                                             Berthony BOURSIQUOT

                                                                                 

                                                            bberthony04@gmail.com / @boberthy

SANS MOI, MONSIEUR LE PRÉSIDENT

Ouragan MATTHEW, une opportunité De CAMPAGNE ?

Etre situé dans la Caraïbe ne fait pas seulement de cadeaux : ciel azuré, soleil tropical, mer splendide, plages superbes, air pur, etc. Pour certains pays, c’est aussi le théâtre d’un spectacle des plus sinistres lors de la saison cyclonique. Haïti  est, malheureusement, de ceux qui, annuellement ont à faire face à la violence du vent et aux pluies diluviennes.

Après avoir acquis son indépendance dans la plus grande des douleurs, les crises politiques incessantes et les catastrophes naturelles les unes plus dévastatrices que les autres ont sillonné tout le parcours de la Première République NOIRE, deux causes majeures de son attardement. Après le séisme dévastateur du 12 Janvier 2010 qui a enfoncé le pays davantage dans le bourbier dans lequel il patauge depuis des décennies, l’ouragan Matthew  de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson qui a frappé le pays au début du mois d’octobre 2016 est venu en rajouter une nouvelle couche. Des pertes colossales dans divers départements : Morts, disparus, infrastructures détruites, arbres déracinés, etc. Les victimes sont aux abois. Encore une fois, en raison du manque de préparation de nos dirigeants, les dégâts, en dépit de quelques petits efforts consentis, n’ont pas pu être évités ou limités. De plus, nos décideurs n’étaient même pas en mesure de fournir une réponse immédiate à la hauteur  des attentes des victimes, catastrophe postérieure. Ainsi, la solidarité locale– et c’est toujours le cas-, en apportant eau, nourriture etc., a permis à certaines victimes de survivre. Il est à noter que certaines zones frappées sévèrement par Matthew et dont les populations manquent de tout, une semaine après, n’ont encore vu aucun responsable ni reçu aucune assistance.

Si à la radio certains ont  dit observer une trêve politique, par simple déclaration ou note de presse, ce qui freine upso facto la poursuite de toute entreprise de campagne pour un petit peu de temps, pour d’autres, sur le terrain –et Matthew leur en a donné l’occasion- une deuxième phase de campagne, serait-elle entrain de se profiler ? En effet, du fait de leur grande vulnérabilité, beaucoup d’Haïtiens sont enclins à la mendicité. Cette aptitude se développe davantage quand ceux-ci sont en face de candidats qui leur promettent monts et merveilles. Pour avoir été si longtemps bernés, certains jouent la carte de la gratification immédiate : « sa k’ nan vant ou se li ki pa w’ ; sa m’ pral jwenn nan men nèg sa lè l’ fin chèf ? Se pote manman w’ vini, vi n’ pran papa w’. » Le pays ne manque pas de nécessiteux. L’ouragan Matthew vient de ravir à beaucoup de nos frères de tout ce qu’ils possédaient  y compris leur croyance en un lendemain meilleur. Même s’il n’y a pas moyen de réparer dans tout le sens du terme les personnes affectées, il est un devoir impérieux qu’elles aient de quoi manger, boire, se laver, etc. pour continuer à vivre au moins. Dans ce contexte (d’augmentation de nécessiteux), toute aide est la bienvenue. Faisons taire les sentiments et la provenance importe peu. A la radio, redondance n’a jamais été aussi sollicitée : « Mwen se (Kandida) entèl »et, les zones ravagées peuvent s’enorgueillir car elles n’ont jamais eu autant de défenseurs. Nombreux sont ceux qui, par leur propre organe ou celle de sympathisants s’adonnent à une campagne-distribution, leur deuxième phase de campagne, dite de (grande) proximité. Que d’activités de campagne travesties en gestes de solidarité! Les images qui nous sont parvenues nous en attestent la véracité. Il est plutôt frappant de constater des gens user de la misère, du mal être de victimes de cette catastrophe pour faire leur capital politique, mener campagne. Certains disent qu’en politique tous les coups sont permis, mais celui-ci fait trop mal. La plupart des politiques haïtiens, aux abords ou au pouvoir sont avides de paternité, veulent paraître. Il n’est pas, pour eux, meilleure occasion que de pouvoir s’attribuer le mérite d’avoir fait ci ou ça. Vous devez avoir vu  de ces kits tagués ou les t-shirts de campagne avec lesquels certains se promènent parmi des victimes qui respirent encore le relent cadavérique de leurs proches morts tragiquement. Même le fair-play est biaisé; la campagne continue ! Il fallait vraiment se douter que certaines personnes n’allaient user de cette tragédie effroyable qui est arrivée a certains de nos compatriotes pour mener campagne, forcer leur admiration. La campagne ne se résume aucunement à la distribution de photos ou au fait de dire à une personne qui voter ou tout simplement la motiver pour la porter à agir de la façon qui avantage. Il est encore plusieurs façons de la faire subrepticement et certains y recourent savamment.

Nos plus sincères condoléances aux familles éprouvées. Souhaitons que les aides soient bien coordonnées et touchent ceux qui sont dans le grand besoin. Qu’elles ne contribuent pas -comme ça a souvent été le cas- à enrichir des particuliers. Souhaitons que dans les jours qui viennent, les produits destinés aux personnes sinistrées ne soient en vente sur le marché. Que cette ruée vers la mobilisation de ressources apporte des résultats et qu’il y ait reddition de compte. Que des dispositions soient prises aussi pour remettre les victimes en état.

Puisse l’Etat prendre des mesures pour que nous n’ayons plus à pleurer nos morts dans de telles circonstances.

 

 

Berthony BOURSIQUOT      bboursiquot04@gmail.com / @boberthy